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MUSIQUE

 
4 April 2016
Catégorie: Ebooks » Livres

  Pour un autre Moyen age - Jacques Le Goff




Présentation éditeur : Un autre Moyen Âge, c'est d'abord celui qui, sans anachronisme, nous restitue quelques clés de nos origines : aux réalités dont s'est enrichie notre mythologie - la faim, la forêt, l'errance, la pauvreté, la mendicité, la lèpre, la domination des puissants et des riches sur les faibles et les pauvres -, il allie ces créations dont nous vivons toujours : la cité, la nation, l'État, l'université, le moulin, la machine, l'heure et l'horloge, le livre, la fourchette, le linge, la personne, la conscience et finalement la révolution.Un autre Moyen Âge, c'est ensuite et surtout le champ privilégié des expériences de l'histoire nouvelle : histoire du quotidien, du temps long, histoire des profondeurs et de l'imaginaire. Un Moyen Âge où les hommes vivent dans les temps divers qui rythment leur existence : temps de l'Église, temps du marchand, temps du travail. Un Moyen Âge où les hommes travaillent dans des conditions économiques et technologiques qui leur apprennent à maîtriser lentement la nature tout en approfondissant le fossé entre travail manuel et intellectuel. Un Moyen Âge où la culture évolue entre les raffinements scolastiques des universités, pépinières d'une nouvelle élite, et les rapports complexes entre la culture savante de la caste ecclésiastique et la culture populaire contre laquelle les clercs mènent une lutte multiforme.


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Recueil d'articles (1956-1976) réunis pour la première fois en 1977 (Gallimard, Bibliothèque des Idées)

? Sommaire :

? TEMPS ET TRAVAIL :
? Les Moyen Age de Michelet [1974]
? Au Moyen Age : Temps de l'Église et temps du marchand [1960]
? Le temps du travail dans la « crise » du XIVe siècle : du temps médiéval au temps moderne [1963]
? Note sur société tripartite, idéologie monarchique et renouveau économique dans la chrétienté du IXe au XIIe siècle [1968]
? Métiers licites et métiers illicites dans l'Occident médiéval [1963]
? Travail, techniques et artisans dans les systèmes de valeur du haut Moyen Age (Ve-Xe siècle) [1970]
? Les paysans et le monde rural dans la littérature du haut Moyen Age [1966]

? TRAVAIL ET SYSTÈMES DE VALEUR :
? Dépenses universitaires à Padoue au XVe siècle [1956]
? Métier et profession d'après les manuels de confesseurs du Moyen Age [1964]
? Quelle conscience l'Université médiévale a-t-elle eue d'elle-même ? [1964]
? Les universités et les pouvoirs publics au Moyen Age et à la Renaissance [1965]

? CULTURE SAVANTE ET CULTURE POPULAIRE :
? Culture cléricale et traditions folkloriques dans la civilisation mérovingienne [1967]
? Culture ecclésiastique et culture folklorique au Moyen Age : saint Marcel de Paris et le Dragon [1970]
? L'Occident médiéval et l'océan Indien : un horizon onirique [1970]
? Les rêves dans la culture et la psychologie collective de l'Occident médiéval [1971]
? Mélusine maternelle et défricheuse [1971]
? Vers une anthropologie historique : L'historien et l'homme quotidien [1972]
? Le rituel symbolique de la vassalité [1976]

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Recension (par Robert Delort) : Les dix-huit essais réunis dans cet ouvrage de Jacques Le Golf ont paru entre 1956 et 1976 dans différentes revues françaises et étrangères. Les historiens les connaissent donc bien et ont eu le temps de les lire, de les relire et de les méditer au fur et à mesure de leur parution. Mais le fait de les avoir rassemblés permet d'avoir accès de manière globale à des communications lues jusqu'ici de manière dispersée, dans des recueils pas toujours faciles à trouver parce qu'édités en Pologne, Allemagne, Belgique, Italie..., et de saisir une cohérence d'ensemble que leur association par thèmes rend encore plus frappante.

Le temps moderne

La première partie, « Temps et travail », regroupe sept essais. Outre « Le Moyen Age de Michelet », sur lequel nous reviendrons, nous trouvons d'abord les classiques « Temps de l'Eglise et temps du marchand » et « Le temps du travail dans la crise du XIVe siècle », qui traitent de la mutation intellectuelle fondamentale qu'a été « le passage du temps médiéval au temps moderne », l'apparition, à côté du temps biblique, théologique, « lié aux rythmes naturels, à l'activité agraire, à la pratique religieuse », du temps mesurable, quantifiant la journée de travail, scandé par la cloche urbaine et l'horloge mécanique, mais aussi malléable, « où se situent les gains et les pertes du marchand ». « Les paysans et le monde rural dans la littérature du haut Moyen Age » nous montrent au terme de quelle évolution le paysan en arrive à être présenté « comme un être anonyme et indifférencié, simple repoussoir de l'élite militaire et cultivée, principal fardeau de l'Eglise... vicieux, dangereux, illettré... plus près de la bête que de l'homme »; la « Note sur la société tripartite » précise comment, aux côtés des oratores (clercs) et bellatores (guerriers), les laboratores (travailleurs) sont en fait les meilleurs des paysans, « ceux qui ont été les principaux artisans et bénéficiaires du progrès économique» du XIe au XIIe siècle, bref l'élite économique, collaboratrice des autres ordres et du roi, bien avant de se fondre, au XIIe siècle, dans une masse hostile, une classe dangereuse. La promotion idéologique et mentale du travail et des travailleurs du Ve au Xe siècle, dans un cadre surtout rural mais aussi artisanal, constitue le thème de « Travail, technique et artisans dans le système des valeurs du Moyen Age » ; l'exaltation du travail accroît certes « le rendement et la docilité des travailleurs » mais résulte aussi, peut-être, de la pression de ces mêmes travailleurs. Ces idées sont développées dans « Métiers licites et métiers illicites », où sont étudiées les hiérarchies sociales, en particulier celles des métiers, sur cinq siècles (de l'an mil à la Renaissance). Aux vieux tabous des sociétés primitives, aux héritages juif et gréco-romain du christianisme, au mépris des métiers non agricoles, au seul prestige des techniques de la force et du luxe succède, avec la révolution économique et sociale, une révision radicale, portée par la scolastique, revalorisant le monde du travail; celui-ci, d'abord uni contre les vieilles classes dominantes (et parasites) se différencie rapidement d'après la réussite sociale et finit par accabler de son mépris ceux qui travaillent de leurs mains.

Invention de la conscience

La deuxième partie de l'ouvrage, « Travail et systèmes de valeurs », porte sur les intellectuels, les universités, le travail vu par l'Eglise. Ainsi, dans « Métier et profession d'après les manuels des confesseurs », on nous montre comment l'Eglise a modifié le schéma de la société tripartite en un schéma ouvert au monde diversifié du travail, entraînant l'éclosion d'une spiritualité et d une théologie du travail, avec « l'ouverture, à l'intérieur de l'homme occidental, d'un autre front pionnier, celui de la conscience ». D'Abélard à Gerson, l'auteur étudie ensuite « Quelle conscience l'Université médiévale a-t-elle eue d'elle-même ? », puis « Les Universités et les pouvoirs publics », qui semblent s'être mutuellement porté aide et respect, malgré la domestication de plus en plus nette, à la Renaissance, des unes, éléments conservateurs « se figeant en castes » et « se confinant dans un rôle de police idéologique », par les autres, éléments moteurs qui vont les transformer en « centres de formation professionnelle au service des Etats ». Les frais d'études, cadeaux exigés des étudiants lors des examens, en sus du salaire perçu par les maîtres, font l'objet d'une analyse à partir d'un cas concret, « Les dépenses universitaires à Padoue au XVe siècle ».

L'océan des rêves

La troisième partie, intitulée « Culture savante et culture populaire », rassemble quatre essais consacrés à l'enracinement et à l'importance historiques des faits ressortissant à la psychologie collective et au folklore. L'étude des rêves (IVe, VIIe et XIIe siècles) se fonde sur la psychanalyse mais aussi l'histoire des idées, de la littérature, de la médecine, des sciences, des mentalités, de la sensibilité et sur le folklore. « L'Occident médiéval et l'océan Indien : un horizon onirique » nous retrace cette anti-Méditerranée, monde de la richesse, de l'exubérance fantastique, de l'inconnu et de la peur cosmique, et donc « transfert des complexes psychiques des mentalités primitives », mais aussi monde de paix, domaine du prêtre Jean, lieu d'accès au paradis terrestre, modèle moralisé, élaboré pour l'éducation du troupeau chrétien. Autour du folklore, l'auteur nous décrit le clergé mérovingien, monopolisant « toutes les formes évoluées et notamment écrites de culture » vis-à-vis desquelles les couches sociales laïques font preuve d'une indifférence croissante ; d'où la résurgence parallèle « d'une culture encore plus primitive que païenne et à coloration surtout paysanne » que les clercs, par incompréhension et « par hostilité consciente et délibérée », ont tenté de bloquer. Le cas exemplaire du dragon de Saint-Marcel montre, du VIe au XIIIe, et même au XVIIIe siècle, la survie d'un phénomène folklorique repris en main et interprété de manière cohérente par l'Eglise. Quant à « Mélusine maternelle et défricheuse », on sait avec quel bonheur l'auteur a pu mettre cette légende célèbre de la fée-serpent, mère et éponyme des rois Lusignan, en rapport avec la prospérité rurale, le recul des forêts devant les champs, les routes, les constructions, mais aussi avec la fécondité et la prospérité démographique qu'apporte une déesse-mère.

Dans la quatrième et dernière partie, « Vers une anthropologie historique », nous trouvons l'analyse la plus fouillée et la plus fine sur « Le rituel symbolique de la vassalité » qui établit de manière très neuve, sur un sujet pourtant très étudié, que fidélité et vassalité font partie d'un seul système symbolique et sont donc indissolublement liées ; mais aussi « cet ensemble de paroles, de gestes, d'objets [...] apporte quelque chose de plus que la simple addition ou combinaison de ces éléments » et fait entrer dans la sphère d'un certain sacré qui, d'après Le Goff, serait le sacré parental (l'entrée dans la famille seigneuriale) : fidèles et vassaux; fidèles donc vassaux.

Michelet et les autres

Dermer paru, place par l'auteur en fin de volume avec « L'histoire et l'homme quotidien », cet essai ne peut guère être dissocié des deux autres aussi récents mais intentionnellement placés au début : « Le Moyen Age et Michelet » et, par-dessus tout, l'inédit fondamental que constitue la préface. Ce sont eux qui permettent de mieux éclairer les idées d'ensemble, les ambitions actuelles de J. Le Goff et l'importance capitale de sa démarche dans le faisceau des recherches contemporaines. Nous voyons, à travers les différentes éditions de l'Histoire de France, les conceptions successives que Michelet a eues du « beau Moyen Age » (1833-1844), du « Moyen Age sombre » (1855) précédant le « retour au Moyen Age de l'enfance ». Et, dans ce Michelet passionné du document mais aux méthodes forcément inactuelles, nous découvrons, avec l'auteur, un homme « étonnamment accordé [...] aux tendances les mieux fondées, aux besoins les plus profonds des historiens ». Michelet continue de toute évidence à être, pour Le Goff, le modèle de l'historien, alliant indissociablement rigueur et imagination.

L'anthropologie historique

Le Goff évoque aussi d'autres maîtres, nos maîtres : M. Mauss, Ch. E. Perrin, F. Braudel, Y. Renouard, et notre cher et admirable Maurice Lombard, auquel est dû « le principal choc scientifique et intellectuel de ma vie professionnelle ». Mais il se rattache par-dessus tout au courant ethnologique, au domaine de la longue durée qui privilégie donc le liturgique (dans l'étude, par exemple, des fêtes calendaires, de leurs rythmes périodiques, de leur liaison avec des rites ancestraux...) ; le rural, « tissu conjonctif » de l'histoire ; le mental, le psychologique, le comportement collectif, le conflit entre culture savante et culture populaire, le folklore, « ethnologie du pauvre ». C'est également l'étude des structures de parenté, des sexes et donc de la femme, des classes d'âge (gérontes comme jeunes), des communautés villageoises, urbaines, lignagères, des charismes dynastiques, professionnels, catégoriels et individuels ou de ces bouffées périodiques de millénarisme qui les cristallisent. C'est aussi, outre l'évidente élimination de tout européocentrisme, la promotion de la civilisation matérielle, des techniques et du travail, de l'habitat, du vêtement, du corps humain. Ce sont finalement de nouvelles méthodes (comparatiste ou régressive) et de nouvelles sources (archéologie du quotidien, iconographie, tradition orale, document-monument)...

Ainsi est née l'anthropologie historique, vers laquelle conduit cette riche gerbe d'essais : ainsi ressuscite cet «autre Moyen Age» pour lequel ?uvre et ?uvrera Le Goff : « long Moyen Age » de la société préindustrielle, entre le Bas-Empire et les XVIIe-XVIIIe siècles, qui a « créé la ville, la nation, l'Etat, l'Université, le moulin et la machine, l'heure et la montre, le livre, la fourchette, le linge, la personne, la conscience et finalement la révolution » ; « Moyen Age des profondeurs », restitué par l'ensemble des méthodes ethnologiques ; « Moyen Age total », appréhendé à partir de toutes les sources disponibles.

Comme lui-même l'a dit pour Michelet, je dirai à mon tour que « j'ai laissé souvent la parole à Le Goff. Comment mieux dire quand il parle ? » Mais je tiens aussi à ajouter Le Goff a certes, et au plus haut degré, l'imagination, l'intuition, mais il a aussi le goût de la précision, de la rigueur, c'est l'un des seuls historiens français à pouvoir faire de l'histoire vraiment comparative car il sait lire, comprendre, assimiler, utiliser les travaux considérables de ceux qui, par exemple, n'écrivent pas en anglais, mais en allemand ou en polonais... Les lecteurs n'oublieront pas que cet ouvrage non seulement séduit mais convainc. Bien sûr, on peut ne pas suivre jusqu'au bout les démonstrations les plus brillantes, mêmes les mieux argumentées, comme Mélusine bâtisseuse. Et ne serait vraiment totale, à mon sens, qu'une histoire qui coifferait la quasi-totalité des connaissances humaines, c'est-à-dire une étude de l'espace dans le temps, une écologie historique dont l'anthropologie ne serait qu'un des aspects, le plus important peut-être mais non le seul. Le Goff a d'ailleurs été sensible à ce problème dans ses ouvrages de synthèse. N'oublions pas que ces essais ne sont que partie d'une ?uvre majeure dont on connaît l'exceptionnelle ampleur.

Que lisent et relisent ces pages, tous ceux qui veulent savoir comment travaille l'un des meilleurs historiens de notre temps.

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